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Le Bushido ou la Voie du Guerrier – Ninpo Nin-Jutsu et Voie intérieure

Le Bushido, ou Voie du Guerrier, ne se limite pas à une éthique du combat : il relie les arts martiaux à une véritable Voie intérieure. Cet article retrace l’évolution du Bujutsu vers le Budo, la discipline du corps et de l’esprit, le Principe Deux au-delà du Tao, et la découverte du vide intérieur comme fondement de la paix et de la pratique spirituelle dans le Ninpo Nin-Jutsu.

Dans cet article:

  • Introduction
  • De la technique à la Voie
  • La Voie ou le Do
  • Au-delà du Tao
  • Le vide ou le silence intérieur

Introduction : le Bushido et l’héritage des Samouraïs

Dans le Japon médiéval, l’ensemble des arts martiaux était appelé « Bujutsu » : littéralement technique (ou méthode) militaire. Comme dans la société médiévale occidentale, chaque seigneur possédait ses Bushis (ses soldats ou guerriers) ou plus exactement ses Samouraïs qui s’entraînaient durement afin d’accéder à la maîtrise du combat. En effet, la société japonaise était, à cette époque, rythmée par les guerres incessantes entre les différents clans seigneuriaux. Les Samouraïs suivaient un entraînement extrêmement rigoureux visant à leur faire atteindre la perfection dans leur art.

Le fameux samouraï Miyamoto Musashi - Fondateur de la Niten Ichi Ryu - article "Le Bushido ou la Voie du Guerrier – Ninpo Nin-Jutsu et Voie intérieure" - École de Ninpo Nin-Jutsu - image Wikipédia
Image 31 Le fameux samouraï Miyamoto Musashi Fondateur de la Niten Ichi Ryu, image Wikipédia

Un samouraï n’ayant pas de rattachement à un clan ou à un daimy? (seigneur féodal) était appelé un rônin. Un samouraï qui était un vassal direct du shogun était appelé hatamoto.

Cependant, tous les soldats n’étaient pas samouraïs, ceux-ci constituant une élite équivalente en quelque sorte aux chevaliers européens. L’armée, à partir de la période Kamakura (période s’étendant de 1185 à 1333), reposait sur de larges troupes de fantassins de base nommés ashigaru et recrutés principalement parmi les paysans.

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Image 32 Takeda Shingen, image Wikipédia

Les premières illustrations de techniques guerrières datent de cette époque et comme les moyens de transport et communications étaient moins développés. Chaque région ou même village possédait sa propre école de combat. D’où le foisonnement de style et d’écoles de guerre. Chaque école appelée « Ryu » était dirigée par un maître accompli dans l’un des nombreux Jutsu existants (combats à mains nues, escrime, archerie, etc.), qui était héritier de tous les secrets des techniques propres au Ryu.

Contrairement à notre époque où les arts martiaux à mains nues sont les plus pratiqués, l’époque médiévale japonaise est caractérisée par les arts de guerre armés : sabre court et long, lance, hallebarde, arc, bâton, etc. Le but est pour certains de devenir expert d’une arme (archers par ex.) et pour d’autres de très bons « généralistes » excellant dans le maniement de plusieurs armes. Cependant, on peut dire que les Samouraïs apprenaient en général le Kenjutsu, le Jujutsu, le Bajutsu et le Kyujutsu respectivement art du sabre, lutte, art équestre, tir à l’arc.

« Yoshitsune et Benkei regardant des fleurs de cerisier », par Yoshitoshi Tsukioka, 1885 - article "Le Bushido ou la Voie du Guerrier – Ninpo Nin-Jutsu et Voie intérieure" - École de Ninpo Nin-Jutsu - image Wikipédia
Image 33 « Yoshitsune et Benkei regardant des fleurs de cerisier », par Yoshitoshi Tsukioka, 1885.
image : Wikipédia

À cette époque, le combat à mains nues est l’ultime recours, utilisé dans le cas où le combattant est désarmé. Tous les Ryu avaient leur spécificité, mais cherchaient avant tout une efficacité pratique : par exemple, comme le confirmait Maître ?take Risuke Minamoto no Takeyuki, titulaire actuel du titre de Shihan (Maître instructeur) de la Tenshin Sh?den Katori Shint?-ry? son école ne possède que 36 techniques à mains nues qui correspondent à toutes les possibilités effectives d’attaques en armure sur un champ de bataille. Ce n’est qu’au début de l’ère Meiji, que le combat sans arme devint majoritaire.

Dès l’avènement de l’ère Meiji (vers 1898), la structure sociale changea brusquement : cette période représente la fin de la politique d’isolement volontaire appelée Sakoku et le début de la politique de modernisation du Japon.

Une des principales mesures politiques a été l’abolition de la classe guerrière des samouraïs. Beaucoup d’entre eux choisirent de se reconvertir dans les affaires ou la politique. Du jour au lendemain, les techniques de guerre devinrent inutiles dans un pays fonctionnant comme une monarchie constitutionnelle. Alors que la classe guerrière avait dirigé le Japon féodal durant près de 700 ans, elle devait sans délai s’adapter à un régime de paix, elle qui était conçue pour des temps de guerre.

De la technique à la Voie : du Bujutsu au Budo

Cependant, profondément imprégnés et indissociables de la spiritualité japonaise (Bouddhisme et Shintoïsme) ainsi que des cultures comme celles de l’Inde et la Chine dans lesquelles le Japon a puisé, les Bujutsu évoluèrent en Budo. Ces techniques qui furent vitales à la survie du clan devinrent dès 1898 des moyens permettant à l’homme de s’unir à son essence, à son Soi.

Dans les Bujutsu, la maîtrise technique était une fin en soi alors que dans les Budo la quête de la maîtrise technique permet de discipliner et de projeter toutes les émotions et les pensées afin de réaliser un but : l’alignement des trois corps, corps-âme-esprit.

Tout comme la guerre évolue selon des lois précises (dont la stratégie), le Samouraï suit à l’époque un code de l’honneur, la Voie du Guerrier ou Bushido et valorise des valeurs telles que :

  1. Gi : la décision juste
  2. Yu : la bravoure, le courage
  3. Jin : la bienveillance
  4. Rei : le comportement juste
  5. Makoto : la sincérité
  6. Meiyo : l’honneur
  7. Chugi : la loyauté

De plus, des sentiments comme la fidélité au maître (et donc forcément à l’Empereur divinisé), le mépris de la douleur et le rite du seppuku furent portés à leur paroxysme.

Autant leur éducation visait à dominer leurs réactions instinctives, dont la peur et la lâcheté qu’ils méprisaient, ce qui les rendaient extrêmement efficaces sur le champ de bataille, autant ils cultivaient les arts telles l’écriture, la calligraphie et la philosophie dans le privé. À l’image du fameux Miyamoto Musashi, connu tout autant pour ses 60 duels victorieux que ses écrits et ses estampes.

La Voie ou le Do : discipliner corps, cœur et esprit

La voie est le chemin qui conduit l’Humain sur la route de l’évolution.

La Voie débute par des principes comportementaux. C’est-à-dire que l’Humain cherche à respecter une étiquette de conduite qui exclut tous les débordements. En cherchant à se poser un cadre sévère, il recherche à mener une existence disciplinée qui peut ensuite évoluer en une « vie sainte ». En pacifiant sa nature instinctive et en la maîtrisant peu à peu, il se détache de sa nature passionnelle.

À ce stade, l’être humain s’aperçoit que la Voie est au milieu de ce monde composé d’opposés : jour-nuit, homme-femme, ciel-terre, force-faiblesse. Il entrevoit que sa vraie nature est au-delà du Tao, de la nature binaire. Il prend conscience que ce qu’il EST se manifeste par l’intermédiaire du Deux, l’opposition. Il comprend que son mental et son corps ne sont que les deux véhicules de quelque chose de plus profond : l’Âme.

En s’affranchissant de sa nature hormonale, il prend la mesure de sa personnalité, son Moi. Malheureusement, ce faisant, il tombe nez à nez avec un ennemi tenace : son propre ego. Cette composante qui lui fut essentielle en tant qu’enfant afin qu’il prenne conscience de sa propre individualité (ce qui lui permet de se séparer de sa mère entre autres) génère aussi le sentiment de séparation du Tout ou principe Unique générant la peur de la mort et l’angoisse de l’abandon chez l’être humain.

Cet ego qui s’aime lui-même et qui pense tout le temps à lui afin de se mettre en valeur (mettre en scène) peut être dissolu par les sentiments désintéressés et altruistes : l’étiquette devient un outil d’évolution et non plus simplement une possibilité de comportement social.

L’ego ne supporte pas le silence intérieur et entretient un dialogue constant. C’est lui qui génère le combat intérieur incessant de l’ange et du démon.

L’ego habite la moitié de l’Humain : sa personnalité. Celle-ci (Yin) s’oppose à l’Âme (Yang) sans même en être consciente et perçoit le monde au travers d’un voile d’illusions.

Le Budo n’est pas une religion, mais s’y apparente dans le sens où il cherche à relier le moi au Soi ; l’humain à son essence divine, la personnalité à l’âme.

Le but ultime est que la personnalité serve de véhicule d’expression de l’Âme : le vrai sens du service est celui-là. Le vrai sacrifice représente la renonciation volontaire aux plaisirs charnels afin de privilégier l’avènement du spirituel.

Au-delà du Tao : le Principe Deux et les polarités Yin-Yang

Le Principe Deux est le support à toute manifestation de vie dans l’Univers Créé. Tout être vivant, toute chose, toute matière hérite de la vie, via deux principes de polarité inverse, mais de nature identique.

Le Principe Deux se manifeste par l’alternance cyclique :

  • La vie engendre la mort. Pour l’individu, mais aussi toutes ses créations dans le monde physique : objets, structures sociales, religieuses ou politiques.
  • La pensée à double polarité (émotionnelle-rationnelle) du cerveau bicéphale.
  • Tous les cycles organiques internes.
  • L’effet boomerang, l’action-réaction de la science.
  • Les deux aspects ou facettes des êtres vivants, choses, ou matières.
  • La Triple opposition du corps physique :
    • Gauche-droite
    • Haut-bas
    • Postérieur-antérieur
  • Les douze Méridiens Tendino-musculaires à double polarité (six méridiens Yin, six méridiens Yang). Ces douze étant opposables à douze Méridiens Profonds. Antennes externes des Cinq Éléments.
  • Les Cinq Éléments Yin et les Cinq Éléments Yang, représentant numériquement l’archétype de l’Humain Initié parvenu au Mariage Intérieur : chiffre 10 formé du 1, symbole du Principe Masculin et du 0, symbole du Principe Féminin, lesquels sont mis en action par les doux mouvements des cycles Chenn et Ko.
  • etc.

Le Principe Deux enferme en lui un potentiel énorme de création, à certaines conditions. À savoir que tout comme le Principe Un, l’harmonie entre les deux polarités génère la vie et l’entretien par le mouvement. Dans le contexte binaire, la fluctuation de qualité et de la quantité des Énergies polarisées est signe de la Vie en Marche.

Bien entendu, la disharmonie détruit peu à peu la manifestation qui provient de la double opposition. Tout comme l’enfant souffre du conflit parental, nous souffrons de pathologies typiques lorsqu’un déséquilibre s’installe au niveau Yin-Yang. Les résoudre, c’est établir le dialogue avec l’autre.

L’acceptation des cycles de la vie n’est parfois pas facile, mais elle représente la sagesse, « live and let live?; live and let die » disait Sir McCartney dans une chanson. Par exemple, la mort est de temps en temps inacceptable, mais celui qui l’a déjà vécu sait qu’accepter la mort, c’est accepter la vie, accepter de continuer de vivre malgré la séparation physique d’un corps auprès duquel nous aimions être.

Accepter ce principe stimule merveilleusement notre adaptabilité. Lorsque nous acceptons les rythmes cycliques de la vie nous poussant d’un extrême à l’autre, nous renforçons notre centre. En évitant la rigidité (qu’elle soit mentale, affective ou physiologique d’ailleurs) nous évitons de rester gelés, comme sur le quai de la gare, regardant le train de la vie s’éloigner. Cesser la résistance et accepter pleinement que la Vie nous veuille du bien, qu’elle peut nous apprendre quelque chose tous les jours, permet sûrement de se sentir mieux, d’être au sommet de la vague lorsque celle-ci prend son essor plutôt que dans son creux.

Après une longue pratique méditative, la personne découvre sa respiration cyclique, un peu comme le flux et le reflux de l’océan sur la plage. Tout comme les tempêtes atmosphériques agitent la mer, les tempêtes émotionnelles troublent l’être humain. Lorsque le pratiquant parvient à maintenir le calme et la sérénité, sa respiration et ses émotions s’estompent. Cela permet à celui qui a l’œil de voir au-delà du cycle habituel des incarnations, voire d’en sortir…

Lorsqu’un pont est créé entre le soi et le moi, un troisième état transcende l’illusion enfin reconnue du Yin-Yang. Cet état est nommé « Buddhi » par les bouddhistes et correspond symboliquement à l’ouverture du troisième œil.

Le vide ou le silence intérieur : Mizu no Kokoro et paix profonde

Le vide est dans l’univers la principale composante en volume… comme dans l’Humain. Dans chaque atome, il y a plus de vide que de matière. Aussi pragmatique que l’Humain veuille être, il ne peut nier ce fait a priori étrange.

Le vide est le support sur quoi toute matière s’appuie pour se matérialiser. Le vide est là avant, pendant et après la matière. Que l’on parle de Dieu ou d’Esprit Unique, il « habite » le vide. Dans le Vide, il y a le bien, le potentiel latent en attente.

Dans l’Humain, le Vide peut s’appréhender à partir du moment où le silence intérieur est atteint. Lorsque par la méditation, les vagues des émotions et les pensées fugaces s’estompent. Après un long travail assidu, le méditant atteint le silence intérieur et peut appréhender le vide.

Le contrôle des pulsions hormonales (besoins sexuels, alimentaires, etc.) et des émotions (peur, colère, angoisse, etc.) est appelé « mizu no Kokoro » (« avoir un esprit aussi clair et aussi calme que l’eau

 »). Comme le proverbe le dit « si tu veux observer la lune dans l’eau, il vaut mieux que la mer soit calme ». Le contrôle de toutes nos pulsions hormonales et comportementales ouvre la porte au travail spirituel et surtout conduit à la paix.

Jean-Christian Balmat

Cet article est extrait du livre:

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